Smartphone en formation, tolérer ou bannir ?

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    réflexions pour formateurs inspirants

    Mes apprenants sont tous là. Je leur parle avec passion.
    La salle est disposée en U et le projecteur est éteint, pour plus de proximité.
    Je suis en forme, je le sens, cela va être un grand moment d’échange.
    C’est le moment clé de mon introduction.
    Je lance ma question ouverte, celle de la prise de conscience de l’importance de suivre cette formation.
    Je balaye du regard les participants, silencieux, scotchés par la profondeur de la réflexion… la tête fléchie, le regard bas et les deux mains sous le bureau.

    Une bonne moitié consulte ses emails du matin sur son smartphone !

    Plus tard, alors que je suis en débat animé avec certaines personnes confrontées à la difficulté d’appliquer ce dont je parle, soudainement, quelqu’un se dresse sur la droite.
    Oh, le débat s’anime. Il ressent le besoin de se lever pour faire valoir ses arguments.
    Je l’interroge du regard.
    « Sorry, un appel urgent d’un client. Oui, allô. Un instant, je prends votre dossier. »
    Le voilà sortant du local en se frayant un chemin, le laptop dans sa main libre manquant d’assommer son voisin.

    Il reviendra 30 minutes plus tard, s’excusant et dérangeant tout le monde pour rejoindre sa place.

    Vous avez déjà vécu cela ?
    La question devrait plutôt être : combien de fois avez-vous déjà vécu cela ?

    Outil génial et révolutionnaire

    Smartphone un outil révolutionnaire

    En moins d’une décennie, le smartphone s’est imposé comme l’assistant personnel d’une part importante de la société.
    Au travail, à la maison, dans les loisirs… il nous assiste partout, tout le temps.

    Nos jeunes y sont confrontés de plus en plus tôt, poussant les établissements et les autorités compétentes à établir des règlements.
    Même s’il est regrettable que ces règles aillent le plus souvent dans le sens de l’interdiction pure et simple.
    Mais face aux phénomènes de harcèlement, au maintien de l’ordre en classe, aux élèves qui se filment à braver l’autorité… il fallait une réaction.

    Heureusement, la plupart du temps, en formation professionnelle, nous ne sommes pas confrontés à des problématiques aussi graves.
    Le smartphone (et ses homologues technologiques) vient cependant régulièrement détourner l’attention des apprenants.

    Faut-il accepter, sous raison que c’est l’air du temps, se fâcher pour ce manque de respect ou bannir ces appareils de votre salle de formation ?

    Je vous livre dans cet article, mes approches et mes réflexions à ce sujet.

    Causes et impacts

    Le smartphone est plus qu’un effet de mode, il a intégré la vie de presque toutes et tous (à l’exception de quelques irréductibles qui luttent toujours contre l’envahisseur.)

    À plus forte raison, il est devenu un outil professionnel puissant et incontournable, permettant d’accéder en temps réel à toute l’information.

    1000 et 1 raisons

    Smartphone en formation

    Or une formation professionnelle se donne souvent durant le temps… professionnel.

    Cela force l’employé à faire une pause dans son travail.
    Or, la vie de l’entreprise, elle ne s’arrête pas.

    Les raisons, apparemment légitimes, de rester connecté sont légions.
    Quand j’en parle avec les principaux concernés, les réponses se ressemblent :
    Il y a un risque de devoir gérer une demande urgente d’un client, une crise, un incident…

    Et, à l’avis général, le bon traitement de toutes ces demandes fait la qualité d’une entreprise et de son personnel.
    A priori, cela se tient.

    Mais est-ce la vraie raison ?

    Il y a un risque, c’est-à-dire que cela pourrait se produire.
    S’il y a une crise ou un incident grave, pourquoi le participant est-il là ?
    Est-il le seul à devoir gérer son portefeuille client ?
    Le client attend-il une réponse immédiate plutôt qu’à la pause ?

    Au-delà des mille raisons évoquées, n’y en a-t-il pas une sous-jacente ?
    (Non, je n’avais pas fait de faute dans le titre.)

    FOMO

    FOMO

    The Fear of Missing Out (La peur de rater quelque chose, cliquez ici pour retrouver la définition sur Wikipedia) est devenu une anxiété sociale importante dans notre société de l’instantanéité.

    Les premières fois où j’ai constaté cela dans mon entourage, c’était à la fin des années « 90 début 2000, avec l’apparition des MMORPG (Jeux de rôles en ligne massivement multijoueurs.)
    Les joueurs du monde entier s’y connectent pour vivre des aventures dans un monde virtuel perpétuel.

    Avec mon épouse, nous avions croisé un ami que nous n’avions pas vu de longue date. Nous en avions profité pour l’inviter à manger le vendredi soir.
    Tout heureux qu’il accepte, nous prévoyions une bonne soirée : petits plats, souvenirs communs, jeux de société…

    Le repas n’est pas terminé qu’il commence à se tortiller sur sa chaise.
    Il profite du moment de débarrasser les assiettes pour se lever également et nous apprendre qu’il doit partir.
    Il s’excuse, mais il a réunion de guilde dans Ultima Online dans 30 minutes et ne veut absolument pas manquer ça…

    Je pense que cela traduit à merveille nos vies d’aujourd’hui. L’internet et les réseaux sociaux ont connecté le monde de façon merveilleuse.
    Mais le monde ne s’arrête jamais et aujourd’hui nous y sommes connectés en permanence.

    Et nous avons peur de rater ce qui s’y passe.

    La pression professionnelle

    Stress professionnel

    Les entreprises sont aussi victimes de FOMO.
    Du top management aux clients, en passant par les collaborateurs ou les prestataires tiers, tout le monde s’astreint à répondre dans l’instant (parfois très mal…)
    Du coup, tout le monde en exige de l’autre d’en faire autant. À mois que ce ne soit l’inverse ?

    Et, croyez-moi, j’ai de l’expérience en la matière, en qualité de chef de projet dans le domaine de l’IT. Au point d’en avoir mis ma santé en danger.

    Pour le personnel d’une entreprise, rater quelque chose peut-être ressenti comme grave.
    En fonction des entreprises et de leur organisation, ne pas se connecter peut se répercuter sur la vie privée, sous la forme d’heures supplémentaires par exemple.
    Ne pas répondre dans l’instant peut également être perçu comme un manque de professionnalisme, par l’individu ou son management.
    Générant ainsi de l’anxiété ou pire des remarques ou menaces sur une promotion ou l’emploi.

    Impact sur la formation

    Vous allez me dire :

    « D’accord, c’est une anxiété sociétale, aux répercussions personnelles et professionnelles.
    Mais bon, moi, je dois donner ma formation et là, ils ne m’écoutent pas ou sont distraits toutes les 30 minutes. »

    Et votre remarque est tout à fait pertinente.

    L’usage d’un Smartphone (laptop…) :

    • dérange tout le monde
    • distrait le participant
    • est désagréable pour le formateur

    De là à considérer que c’est une marque d’irrespect, il n’y a qu’un pas.
    Nous sommes d’accord.

    En plus, nous ne sommes pas à l’école et il n’est pratiquement pas possible de sanctionner.

    Alors, que faire ?

    4 approches pour gérer la présence des Smartphones

    Prendre de la distance

    Cette première approche, est à mon sens, la seule obligatoire.

    Ne le prenez pas comme une offense personnelle

     

    Comme je vous l’expliquais plus haut, nous sommes face à un phénomène de société.
    Utiliser son Smartphone en formation n’est, la plupart du temps, aucunement un manque de considération pour votre personne ou votre compétence.

    Le participant n’a même pas conscience de vous manquer de respect.
    Vous offusquer ne fera que polariser le débat et créer un conflit.

    Comme je vous le disais dans mon article sur le livre Comment Se Faire des Amis et Influencer les Autres de Dale Carnegie, il est conseillé d’éviter les conflits.

    Ne perdez pas de vue qu’à l’instar de mon ami, c’est votre participant qui ne distingue plus les priorités.
    Il est probablement soumis à de l’anxiété personnelle ou professionnelle.

    Ce qui n’est pas dans votre cercle d’influence.

    Posez un cadre

    Si, pour vous, les Smartphones (et autres) n’ont rien à faire dans votre salle, posez le cadre d’emblée.

    Lors de votre présentation, signalez ce point.

    Cependant, n’oubliez pas que votre interdiction va à l’encontre d’enjeux plus profonds.

    Donc, spécifiez que les moments de pauses seront suffisamment longs que pour leur permettre de se reconnecter.

    Définissez les horaires de ces pauses et leurs durées et faites-le valider par les participants.

    Au moins, tout le monde sait à quoi s’en tenir.
    Et il leur sera plus simple de se retenir de consulter leurs emails en sachant qu’ils auront le temps de le faire à 10 h 45 et à 12 h 30.

    La limite de l’approche est toujours la sanction en cas de non-respect du cadre.

    Mais au moins, vous pourrez rappeler le cadre et le fait que tout le monde l’a validé.

    Sinon, vous pouvez toujours faire comme certains artistes qui stoppent un concert le temps que les Smartphones disparaissent. (Une interview de Mc Cartney à ce sujet.)

    Responsabilisez les apprenants

    En complément de l’approche précédente, vous pouvez tenter de responsabiliser vos apprenants.

    Prenez le temps d‘expliquer en quoi c’est important, pour eux, de se déconnecter et de suivre votre formation.

    N’oubliez pas de parler de leurs bénéfices.
    Votre sentiment de non-respect ou votre point de vue personnel n’aura pas le même impact (aaaah, toujours Dale Carnegie.)

    Donc, dites : « Vous déconnecter pendant la formation est un cadeau que vous vous faites, car vous intégrerez mieux des concepts qui vous permettront d’être plus productif dès demain. »

    Au lieu de : « Prenez conscience que regarder votre téléphone est un manque de respect à mon égard et pour les compétences que je viens vous transmettre. »

    Faites établir le cadre

    Les règles sont toujours mieux acceptées par les personnes qui les ont créées.
    En plus, elles auront plus de mal à les remettre en question si elles les enfreignent.

    Cette approche risque d’être plus longue. Elle ne se prête pas à une formation très courte ou alors, il faudra veiller au temps.

    Soumettez la problématique de l’usage des smartphones au groupe de façon claire et concise.

    Animez-le groupe pour définir le cadre de ce qui est autorisé ou non et des comportements à avoir pour le respecter.

    Des techniques de Brainstorming et de facilitation en intelligence collective peuvent vous donner une structure pour ce type d’approche. (Un article qui peut vous donner des pistes)

    Une question pas si simple

    Regarder son smartphone

    À l’arrivée, ce n’est pas une question si simple à trancher.
    Les enjeux sont profonds, émotionnels et sociétaux.
    Pour moi, le pus important est de ne pas l’oublier et donc ne pas le prendre comme une marque d’irrespect.
    Ce n’est cependant pas une raison pour laisser votre formation être troublée par les smartphones.

    N’hésitez pas à partager votre expérience et vos approches en commentaire.

    J’espère que cette réflexion vous aura apporté une approche de formateur heureux, libre et inspirant.

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    Categories: Réflexions

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